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EXPÉDITION KAYAK-BIVOUAC EN AMAZONIE, GUYANE FRANÇAISE



 

SOMMAIRE


PREMIERS PAS EN GUYANE

  • La Guyane : un territoire d'outre-mer différent

  • Arrivée à Cayenne

  • Mes premières impressions

RECIT D'UNE EXPÉDITION SUR LE FLEUVE DE L'APPROUAGUE

  • Préparation de notre équipement

  • Premier jour sur le fleuve à contre courant de Régina jusqu'au Saut Tourépé

  • Mauvaise surprise en fin de journée

  • Deuxième jour : entre fatigue et désillusion

  • Troisième jour : regain de motivation et arrivée au Saut Mapaou

  • Abandon du kayak et randonnée à travers la jungle

  • Quelques jours sur un campement à vivre au rythme du fleuve

  • Retour en kayak jusqu'à Regina


MES CONSEILS POUR UNE EXPÉDITION KAYAK-BIVOUAC EN AMAZONIE

  • La meilleure période pour partir en Guyane

  • Le matériel indispensable pour pagayer et bivouaquer en Amazonie

  • La faune et la flore à connaître

  • À savoir avant de s'aventurer sur un fleuve

  • Conseils pratiques pour installer son campement

 

Février 2022


Bienvenue dans l'enfer vert, comme certains surnomment notre belle région guyanaise !

Je suis de retour d'une expédition en kayak et bivouac au coeur de l'Amazonie. Une aventure intense qui m'a challengée sur plusieurs niveaux : le physique et le mental. Nous avons passé plusieurs jours à affronter le courant du fleuve de l'Approuague à coups de pagaies. Chaque soir, nous installions notre campement dans la jungle qui borde les rives du fleuve... une toute nouvelle expérience en hamac pour moi, bien loin de mes bivouacs vosgiens !



PREMIERS PAS EN GUYANE

La Guyane : un territoire d'outre-mer différent


La Guyane est un territoire d'outre-mer français situé au Nord de l'Amérique du Sud, sur le « plateau des Guyanes ». Elle est limitée par le Brésil, le Suriname et l'océan Atlantique. C'est à la fois une région et un département, qui a la particularité d'être le seul territoire d'outre-mer continental.



Le territoire guyanais est recouvert par une forêt équatoriale sur 96% de sa surface, il s'agit pour l'essentiel de sa surface d'une forêt primaire. C'est la plus grande réserve de biodiversité terrestre française. En terme de flore, plus de 1.500 espèces d’arbres y prospèrent, dont certaines sont endémiques au territoire. La densité de population avoisine les 0,3 hab/km², ce qui en fait un véritable désert humain. Pour accéder aux communes situées au coeur de la région, dans la forêt amazonienne, les seules voies d'accès sont les fleuves et les cours d’eau. Il est donc très courant de se déplacer en pirogue en Guyane !


Depuis le début de la colonisation, le territoire guyanais connaît une pression liée à sa richesse en or, diamants et autres métaux précieux. Elle recèlerait encore plusieurs centaines de tonnes de ce minerai, dont l’exploitation entraîne de profonds impacts sur l’environnement. Les populations pauvres du Brésil sont amenées par des réseaux mafieux à exploiter l’or illégalement. Près de 10 000 garimpeiros séjournent dans la forêt guyanaise et utilisent du mercure pour amalgamer le précieux minerai.


La Guyane est historiquement une terre d’accueil, on y parle évidemment le français mais aussi 30 autres langues régionales réparties sur tout le territoire, dont le créole guyanais, les langues amérindiennes, les langues bushinenge, le portugais ou bien encore le sranan-tongo près de la frontière avec le Suriname.


Le territoire porte encore les marques des premières sociétés amérindiennes et de celles issues de la période esclavagiste et coloniale. Depuis son intégration à la nation française, un système moderne, projection d'un pays européen développé, se superpose à des structures économiques et sociales fragmentaires et fragiles.



RECIT D'UNE EXPÉDITION SUR LE FLEUVE DE L'APPROUAGUE


Préparation de notre équipement


À peine 24h après avoir posé les pieds sur le continent sud-américain, dans la ville de Cayenne, je rejoins mon ami qui vit sur place et nous partons faire quelques emplettes au marché local afin de s'équiper en nourriture pour une expédition de plusieurs jours sur le fleuve à travers la jungle. On achète du riz, des fruits de toute sortes, des gâteaux secs et puis...du rhum.



Premier jour sur le fleuve à contre courant de Régina jusqu'au Saut Tourépé


Le lendemain matin, après plusieurs tentatives, on réussi finalement à attacher le kayak sur le toit de la voiture en bricolant un peu avec de vieux restes de matelas et de la corde. On est donc partis pour 2h de route pour relier Matoury jusqu'au petit village de Régina qui se situe à l'extrême Est de la Guyane, aux portes de l'Amazonie. Je suis toute excitée, c'est la première fois que je vais entrer dans ce géant poumon vert, comme on l'appelle !


On met le kayak à l'eau vers 10h et c'est parti pour une longue expédition à contre courant. Il est difficile d'estimer combien de temps le parcours nous prendra puisque le niveau de l'eau est bien plus haut que d'habitude selon mon ami qui vit sur place depuis plusieurs années. En effet, la Guyane a été touchée par des pluies incessantes au cours des deux dernières années et cela fait longtemps que la région n'a pas connu sa saison sèche habituelle.



On passe d'abord sous le grand pont de Régina puis le fleuve commence doucement à se rétrécir et la jungle se fait de plus en plus dense. On s'aperçoit rapidement que pagayer à contre courant avec ce débit n'est pas chose facile, on adopte alors la stratégie de longer la berge de très près, puisque le courant y est moins puissant qu'au centre fleuve.



Il est maintenant 16h et cela fait déjà 6h que l'on pagaie. Une mauvaise surprise apparaît alors sur notre parcours : un saut (c'est-à-dire un passage où le courant s'accélère soudainement sur quelques dizaines de mètres dû aux rochers présents sous l'eau). Trop tard, nous sommes déjà dedans, impossible de faire demi tour, au risque de faire basculer le kayak. Mes muscles sont déjà complètement à bout après cette longue journée de pagaie mais nous n'avons pas d'autre choix ; on pagaie comme des boeufs mais rien n'y fait... en observant la berge o s'aperçoit que l'on fait du sur-place. On s'épuise donc pour rien pendant de longues minutes. Finalement on décide de se rapprocher tant bien que mal de la berge où l'on s'accroche alors aux branchages pour prendre le temps d'une petite réflexion.


Mon ami décide de se mettre à l'eau en espérant tirer le kayak d'un bras et de longer la côté en s'agrippant aux arbres de l'autre bras. Tentative échouée au bout de 30 secondes ; le courant est bien trop fort et l'emporte carrément. Je le vois alors partir dans le courant mais par chance il réussi à s'agripper à ce qui se trouve être une vieille corde de pêcheur accrochée au fond de la rivière. Quant à moi, je maintiens ma branche tant bien que mal en étant toujours sur le kayak. Mon ami remonte sur le kayak et l'on reprend nos esprits afin de trouver la solution la plus adaptée.

On décide finalement de débarquer sur le berge, malgré la densité de la végétation, puis de frayer un sentier à coup de machette pour y porter le kayak sur quelques dizaines de mètres, en espérant que le rapide ne soit pas trop long. La berge est complètement en pente et le sol est boueux, il nous faudra donc une bonne heure le temps d'effectuer la manoeuvre. Après avoir porter le kayak sur environ 50 mètres, on retente une mise à l'eau... qui s'avère à nouveau infructueuse. Hélas le courant est toujours trop fort à cet endroit.


Il est maintenant 18h et la nuit commence à tomber, nous n'avons donc pas d'autre choix que de nous arrêter là pour aujourd'hui et de monter notre premier campement dans les parages, malgré le terrain très raide. On positionne le kayak sur la berge de sorte à ce qu'il ne nous file pas entre les doigts pendant la nuit et nous partons à la recherche d'arbres idéalement positionnés pour mettre en place nos hamacs.


Pour mon premier bivouac en Amazonie, je dois dire que ce n'était pas le campement dont j'avais rêvé ; en plus d'être sur une pente boueuse, mon hamac est suspendu pile poil au dessus d'une énorme fourmilière. J'ai donc le droit à de la visite toute la nuit, pas très reposant !



Deuxième jour : entre fatigue et désillusion


Ce matin là je me réveille sans avoir vraiment fermé l'oeil de la nuit, mes bras étaient tellement douloureux qu'ils m'ont empêché de m'endormir. Je pense que j'ai dû trop forcé sur les muscles lorsque l'on essayait de franchir le rapide...



La chance est tout de même avec nous puisqu'au réveil on s'aperçoit que le courant est plus clément grâce au changement de marée. On se dépêche donc de se mettre à l'eau et nous parvenons finalement à franchir ce fichu rapide après moulte tentatives !


On pagaie environ deux heures à peine avant que je commence à me sentir très mal. Je me sens fiévreuse et complètement affaiblie, je n'arrive presque plus à pagayer. On décide donc d'amarrer entre les arbres sur la berge et de prendre une pause le temps que je me requinque. Finalement nous passerons la journée ici tellement nous adorons l'endroit !


Seul petit bémol, nous n'arrivons pas à allumer de feu puisque toute la végétation et le bois est complètement trempé. Nous devons donc nous contenter de manger des fruits et des petits gâteaux, on garde le riz pour plus tard !



Troisième jour : regain de motivation et arrivée au Saut Mapaou


La nuit, les insectes n'ont cessé de déguster mon sang frais et les gouttes d'eau de couler sur la bâche suspendue au-dessus de ma tête. Au petit matin, les premiers rayons de soleil transpercent les feuilles mouillées des arbres et annoncent le début de cette troisième journée d'expédition. Avec elle arrive son lot d'imprévus et d'adrénaline... Les pluies torrentielles s'enchaînent, les cris d'animaux retentissent dans la canopée et le courant du fleuve ne cesse de s'accélérer. Face à toute cette énergie, je me sens minuscule sur mon embarcation... mais autour de moi, le temps s'arrête et la vie prend tout son sens.


Après 5h de pagaie, le deuxième rapide que nous appréhendions arrive finalement sur notre parcours. Cette fois-ci, aucune prise de risque ! Nous avons réfléchis à plusieurs solutions en amont pour éviter de nous engager dans le rapide si celui parait trop puissant. En nous approchant petit à petit, nous nous apercevons rapidement que c'est à nouveau le cas, celui-ci sera également infranchissable. On préfère alors débarquer avant pour terminer le parcours à pieds. On abandonne pas si facilement !



Abandon du kayak et randonnée à travers la jungle


On trouve un endroit pour planquer le kayak dans la jungle, on charge nos sac à dos de toutes les affaires présentes sur le kayak puis on commence une nouvelle aventure à pied. Le campement que nous devons atteindre se situe à quelques heures de marche, cependant aucun sentier n'est tracé...il faut donc couper à travers jungle. On se repère alors grâce au fleuve que l'on essaie de garder dans notre champ de vision, mais la difficulté du terrain fait que ce n'est pas toujours possible. Je glisse dans tous les sens, je me rattrape aux mauvaises branches (celles avec des épines évidemment) et j'ai dû mal à enjamber les énormes troncs d'arbres qui jonchent le sol du haut de mes petites jambes avec mes 15kg sur le dos.




Mais finalement... après plusieurs heures nous apercevons la lumière au bout du tunnel ! En poussant les derniers branches qui nous font obstacles, nous atterrissons sur un beau petit terrain parfaitement entretenu avec des arbres fruitiers et une petite cabane en bord de fleuve pour y suspendre nos hamacs. Quel paradis !



Quelques jours sur un campement à vivre au rythme du fleuve


Finalement on décidera de rester dans ce petit havre de paix quelques jours avant de rebrousser chemin. On passe nos journées à se baigner dans le rapide, à goûter à tous les fruits du jardin, à essayer de pêcher avec du matériel très sommaire, à cuisiner notre précieux riz, boire du rhum local mélangé à du jus de citron vert fraichement cueilli... bref la vraie vie d'Adam et Eve, j'adore !



Retour en kayak jusqu'à Regina


Et puis finalement il faut bien repartir un jour même si l'envie n'y est pas ... alors un matin on remballe nos hamacs et on reprend la route à pied à travers la jungle, on récupère notre kayak qui nous attendait patiemment caché derrière un gros tronc et on redescend le fleuve...mais cette fois-ci dans le sens du courant, chose beaucoup plus facile !



En découvrant ce petit bout de forêt tropicale, la nature m'a beaucoup enseignée. Elle m'a offert certaines de ses richesses et j'ai appris à m'adapter à elle. La forêt amazonienne m'a fait vivre une expérience que je ne suis pas prête d'oublier... Elle m'a rendue vivante.



MES CONSEILS POUR UNE EXPÉDITION KAYAK-BIVOUAC EN AMAZONIE



La meilleure période pour partir en Guyane


Dû à sa proximité avec l'équateur, la Guyane bénéficie d'une température avoisinant les 27°C tout au long de l'année. La saison des pluies a lieu de mi-novembre à mi-août, il est donc préférable de s'y rendre de mi-août à mi-novembre lors de la saison sèche.



Le matériel indispensable pour pagayer et bivouaquer en Amazonie

  • Hamac avec moustiquaire

  • Grande bâche à suspendre au dessus du hamac en cas de pluie

  • Sac de couchage ou duvet à positionner entre le hamac et le corps pour éviter les piqûre d'insecte à travers le tissu du hamac

  • Corde

  • Chaussures de randonnée qui sèchent rapidement

  • Touque et/ou des sacs étanches pour protéger vos affaires de l'eau (surtout à cause de la pluie)

  • Vêtements légers mais couvrant (contre le soleil et les insectes)

  • Anti-moustique

  • Crème solaire

  • Trousse de secours

  • Machette

  • Lampe frontale

  • Filtre à eau


La faune et la flore à connaître


Les accidents liés à la faune restent peu fréquents, mais pour les prévenir, il y a tout de même quelques règles à respecter. On secoue toujours son sac à dos et ses chaussures, on vérifie l'absence de bestioles avant de s'installer et on évite de marcher dans les herbes hautes sans bottes.


- Scorpions : seul le Tityus cambridgei est à craindre.

- Moustiques : vecteurs de maladies (dengue, paludisme, chikungunya, fièvre jaune)

- Raie d'eau douce : dans les fleuves, sa piqûre est très douloureuse, il faut chauffer la plaie sans la brûler (45°C) pour neutraliser le venin.

- Serpents : le grage est très agressif (tête triangulaire). Le serpent corail et le crotale des savanes sont aussi dangereux.

- Araignées : araignées bananes dangereuses, (chassent au sol, yeux qui brillent la nuit)